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Une Réponse de Philippe Lambert à la "Lettre ouverte à la FFC" de Thierry Crouzet

Publié le par Patrice

Philippe Lambert: 70 ans  Ancien Coureur  . Président du Vélo Club St Croix-en-plaine . Président du Comité Départemental FFC du Ht Rhin. Vice Président du Comité Régional de Cyclisme FFC du Grand Est.

A propos d'une" Lettre ouverte à la FFC ": Un autre point du vue

 En se défoulant allègrement sur les réseaux sociaux contre la Fédération Française de Cyclisme, le problème de fond actuel est-t-il abordé par le bon bout par l'auteur de cette lettre dites ouverte ?

 La FFC a elle-même été placée au coeur des contradictions d'une nécessaire politique sanitaire d'Etat dites de protection et de contrôle des citoyens, mais qui peut aussi comporter des aspects liberticides à la lecture attentive des décrets de circonstance, qui se sont accumulés en quelques semaines à un rythme jamais vu dans l’histoire de la Ve République. A cela se juxtaposent certaines déclarations ou "oukases" post-décret du 23 mars  du ministre des Sports qui font polémiques concernant, entre autres, la pratique de l'activité physique autorisée au quotidien, dont elle a immédiatement fait savoir que le vélo est exclu. Ses dernières et récentes déclarations sans nuances n’étant pas les moins inquiétantes. Je les considère comme irresponsables et dédaigneuses vis-à-vis du monde sportif associatif  qu’elle devrait soutenir avec la lucidité nécessaire que cette période implique comme l’a souligné Marc Madiot, président de la Ligue nationale de cyclisme et donc licencié à la Fédération française de cyclisme. Ne parlons pas du CNOF qui semble vivre sur un nuage. Mais comment pourrait-il en être autrement si l’on considère l’incroyable légèreté, avec laquelle notre gouvernement a tardivement géré cette inédite crise sanitaire ?

Relativisons toutefois les effets de cette « cacophonie informationnelle » concernant la pratique interdite du cyclisme au regard des énormes disparités quant aux dégâts collatéraux des mesures de confinement pour nos concitoyens. Dans une société de plus en plus inégalitaire, cette expérience de confinement peut se transformer en réclusion pour les plus isolés et démunis et au final participer d’une forme de mort sociale. Pour d'autres en revanche, elle ne sera somme toute qu'une sorte d’expérience de retraite et de déconnexion. Bref, une parenthèse tout à fait supportable.

Il est vrai que le confort des habitudes a horreur des messages, qui risquent de les perturber. Mais réduire les inconvénients d’une crise à son seul petit (ou grand) « quant à soi » est au minimum un manque de clairvoyance, au pire un refus de la complexité et de la gravité des événements.

Cette critique radicale de la FFC n'est-elle pas celle de privilégiés, qui se croient à l'abri d'avoir à assumer solidairement une mise entre parenthèses temporaire et somme toute très limitée, d'un secteur de sa vie sociale ?  Il y aurait les seigneurs du vélo, une élite capable de vivre le cyclisme "comme un art", et de l’autre côté de la rive, nous les affidés de la FFC, cyclistes de seconde zone constituant une sorte de ‘’milice’’ (appartenant à une institution taxée totalitaire  à la volonté évidemment hégémonique) ,  entravant les libertés individuelles et notamment celles des premiers nommés. Risible !

Pour ma part comme beaucoup d'autres collègues et amis , je ne suis qu’un modeste bénévole de la cause cycliste et du sport de plein air mais non pour autant un thuriféraire inconditionnel de la FFC, qui d'ailleurs ne l'exige pas de moi. Malgré des doutes parfois, en tant que président de club et d'un comité départemental de la FFC par rapport au fonctionnement et aux choix de notre "institution mère", force est de constater que celle-ci n’est pas un électron libre tout puissant, qui dicterait aux politiques la conduite à tenir en matière d'exercice physique et sportif à autoriser ou pas dans le contexte mortifère actuel.

Elle a en revanche une responsabilité collective plus large, comme toute fédération, et cela au-delà même de sa délégation d'Etat qu'elle doit assumer, y compris et surtout au moment ou un ennemi sournois et insaisissable menace nos vies et celle de nos proches. Par nature, la FFC est exposée aux critiques souvent au-delà de ce qui la concerne directement, critiques provenant aussi de ceux qui considèrent que leur ressentiment personnel face à une temporaire interdiction de « rouler », a valeur de morale universelle. Mis à part eux-mêmes et une pratique souvent égotique du vélo érigée en modèle, que défendent-ils vraiment à travers de telles disqualifications ? Flinguer la FFC, c'est aussi flinguer le sport cycliste associatif déjà en grande difficulté et insulter à bon compte ces “ringards” de dirigeants bénévoles tant au niveau national que régional, qui s'efforcent pourtant au sein des clubs de transmettre leur passion mais aussi des valeurs de solidarité, de respect de l'autre, de dépassement de soi et d'humilité.

Dès la promulgation du fameux décret du 23 mars, la FFC est intervenue auprès du ministère pour limiter et/ou aménager cette interdiction. Elle n’a pas été écoutée à ce jour pas plus que l’ont été ses suggestions de dérogation au profit des cyclistes professionnels, dont « faire du vélo » est le métier. Tout cela prouve effectivement que notre fédération ne pèse pas grand-chose face aux millions de pratiquants dits libres, dont pour beaucoup le seul fait d'adhérer à un club (FFC) constituerait en soi une grave atteinte à leur liberté individuelle…

En ce qui me concerne, bien "qu'encarté" à la FFC, je n'ai jamais perdu ma liberté de penser, ni celle d'agir localement. A vrai dire, je réserve encore un peu de mon énergie pour des combats contre des injustices autrement plus criantes et dramatiques que cette actuelle privation de «rouler », qui me touche comme tout passionné. Est-ce si grave que cela ? Pour l’heure, je m’entretiens sur home-trainer, comme beaucoup , ce qui certes ne procure pas le même plaisir ni les mêmes sensations, ni la joie de rouler avec les copains licenciés ou non. Mais de cela, contrairement au Covid-19, on n’en meurt pas ! Nos retrouvailles n’en seront que plus festives, même si l’un ou l’autre de ces copains d’aventure pédalantes ont subitement quitté la scène, victimes du monstre, ne l’oublions pas !

Pour ma part, j’ai la satisfaction de savoir que dans ma vie de dirigeant, pas seulement à la FFC, j'ai aidé depuis près de 40 ans nombre de jeunes et de moins jeunes à découvrir le vélo et ses bienfaits physiques et psychologiques.

Peu importe d'ailleurs qu'ils soient ou non à ce jour encore licenciés.

Pour clore ce point de vue, sachez que je fais aussi mienne cette citation de Léon Bloy : « On ne voit bien le mal de ce monde qu’à condition de l’exagérer ».

Quoiqu'il en soit, la FFC sortira exsangue de cette crise et nombre de clubs sont menacés dans leur existence même…Je sais que malgré cela, notre équipe nationale  avec les moyens qui sont les siens lutte avec force et courage face à ce tsunami. 

 Philippe Lambert

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